Nous déplorons de devoir ainsi prendre sur votre temps, mais nous sommes dans l’obligation de trouver rapidement une solution au problème qui nous préoccupe.


En effet, nous avons constitué un Collectif des Délaissés du Haut Débit en Limousin afin d’interpeler nos élus sur la situation inquiétante de nos campagnes en matière d’accès aux moyens modernes de communication, situation dont pourra attester Madame le Préfet de Région.


En dernier recours, nous nous adressons à votre Secrétariat d’Etat, et plus largement à Matignon, en tant que :

  • Ministère de tutelle de France Télécom
  • initiateur des futurs Grands Travaux pour les deux ans à venir
  • impliqué fortement dans les choix du futur emprunt national
  • collaborateur direct du passage au tout numérique de la télévision nationale
  • partie prenante dans la réduction sensible des déplacements locaux individuels, dans la suite du Grenelle de l’Environnement
  • développement des infrastructures de communications et d’aménagement du territoire et donc du développement durable.


Quel est notre positionnement ?


Nous pensons qu’il est possible de développer très rapidement la pose et l’utilisation généralisée de la fibre optique à partir des réseaux aériens de France Télécom ou d'EDF.


Le but est de raccorder l’ensemble des clients ruraux actuellement reliés au téléphone filaire à un réseau fibre optique à créer en aérien. Cela permettrait :

  • un raccordement à Internet de l’ensemble des agriculteurs, des habitants, des PME, mairies, collectivités, services publics installés en zone rurale
  • la possibilité du télétravail (et donc une économie de CO² car moins de déplacements, ce qui s'inscrit totalement dans le Grenelle de l'environnement) de tous les habitants le souhaitant en zone rurale
  • le maintien à domicile des personnes âgées grâce à la télésurveillance médicale
  • la possibilité d’inscrire les zones rurales dans une démarche d’attractivité aussi bien pour les entreprises que pour la population
  • la création de nouvelles activités sources d’emplois et de richesses, l’Internet haut et très haut débit constituant aujourd’hui, et a fortiori demain, un levier majeur pour notre économie.


Par ailleurs, lors du passage à la télévision et à la radiodiffusion numériques, le Limousin sera confronté à de très nombreuses difficultés par suite de la suppression des relais hertziens.

Seule la fibre optique peut nous offrir l’accès à la télévision et la radio numériques.


Quel état des lieux en Limousin ?


Le Limousin a fait le choix de mettre en place une Délégation de Service Public (DSP), créant le Syndicat Mixte DORSAL pour le développement du réseau haut-débit.

DORSAL a mandaté la société Axione pour la construction de ce réseau.


Si la DSP a des points positifs (1200km de fibre optique, dégroupage de 102 NRA sur 355) le choix de 73 stations WIMAX dans une région vallonnée avec de nombreux bois et forêts, pour amener le haut-débit (2Mbps maxi) fut une erreur, cette technologie ne tolérant aucun obstacle entre l’émetteur et le récepteur.


Beaucoup de Limousins se trouvent donc toujours en zones blanches, pas forcément éloignées des grandes agglomérations, avec pour seule solution le satellite (qui est plus que limité en données échangées) sans égalité tarifaire avec l'ADSL classique qui offre des possibilités autres (Téléphone, TV, ...).


Par ailleurs, la DSP s'est associée récemment à France Télécom pour relier en très haut-débit les lycées et universités de Limoges.

C’est donc que l'association des deux organisations est de ce fait possible, ce qui permettrait le développement rapide de fibre optique sur le territoire Limousin.


Le fait de ne pas créer une autre installation du genre pylônes WIMAX permet, aussi, la poursuite des entretiens normaux : élagage, bon état des poteaux, décrochages des réseaux pour travaux particuliers et incidents divers.

Ces problèmes de maintenance doivent être pris en compte en secteur rural, la qualité de nos lignes téléphoniques étant à ce point désastreuse que nous sommes régulièrement privés pendant plusieurs jours de l’usage possible du téléphone.

Ceci n’est pas anecdotique lorsque l’on sait que certaines pharmacies ont décidé de ne plus assurer de service de garde, étant dans l’impossibilité de communiquer avec les services hospitaliers : c’est donc une question de vie… mais aussi de mort.


Nous défendons une certaine vision de l’avenir…


Nos réflexions et préconisations vont exactement dans le sens de vos directives, exposées dans le mensuel L’Ordinateur Individuel n°220 - Octobre 2009 : « Un réseau haut débit de qualité et le déploiement du très haut débit sur l’ensemble du territoire. ».


France Télécom aurait en effet une gageure nationale importante à relever ce défi de Service Public.

Ce programme de grands travaux, d’une durée assez relative, devrait permettre de maintenir les agents de F.T. sans chercher une mise en retraite anticipée peu conforme dans la situation économique actuelle.

De fait il faudra poursuivre l’entretien des réseaux aériens existants : mission actuelle à conforter de toute urgence.


…vision hélas hermétique à nos élus !


A titre anecdotique, le SIEPAL (dont le Président est le premier vice-président du Conseil Régional du Limousin) qui pilote le SCOT de l’agglomération de Limoges (49 communes - 1230 km2 - 233000 habitants - 63% de la Haute-Vienne) ne mentionne absolument pas dans sa publication de septembre 2009 les difficultés de communications en zone rurale.

Celle-ci n’envisage que trois facteurs de croissance, hélas déjà dépassés depuis une bonne vingtaine d’années : routes et autoroutes, chemin de fer et aéroport de Limoges et bientôt de Brive-la-Gaillarde !!!

Les élus communaux sont débordés par les problèmes de communications en milieu rural.

Selon eux, « il s’agit bien d’une compétence régionale ». Mais au vu du SCOT, on ne retrouve nullement cette préoccupation.


France-Télécom - Orange écrit depuis de nombreuses années que la couverture ADSL est accessible à 98,3% de la population. Vous savez bien que cette affirmation n’est qu’une approximation utopique.

De plus, leur préoccupation n’est malheureusement pas tournée vers le maintien des réseaux aériens existants (coupure de téléphone et mauvais fonctionnement du bas débit très fréquent...) alors même qu’il s’agit pourtant d’une entreprise dont l’Etat est encore l’actionnaire majoritaire.


Quelle leçon avons-nous tiré de la tempête de 1999 ?


Dix années se sont écoulées, et depuis les marges juteuses de la téléphonie mobile ont fait oublier ses engagements à France Télécom : par le plus grand des hasards, le renouvellement et l’enfouissement du réseau « cuivre » est progressivement apparu comme « non prioritaire ».


Par voie de conséquence, et afin qu’aucun de responsable ne puisse l’ignorer, nous affirmons ici que tous les réseaux Internet actuellement raccordés au réseau aérien cuivre, avec ou sans ADSL ainsi que tous ceux qui ne disposent encore que du réseau téléphonique fixe « vieux modèle », vont devoir faire face à des pannes considérables dans les années avenir.


Pensez-vous que notre économie soit suffisamment florissante pour sacrifier encore des centaines d’activités et de zones de vie ?


Etant donné le manquement complet de France Télécom à sa mission hégémonique d’entretien des lignes, l’absence d’investissements sérieux en la matière (le chatterton est chez nous un secret technique pour réparer les lignes !!), nous ne pouvons nous attendre qu’à une dégradation continue des services, et de tout ce qui s’ensuit : démocratie, économie, culture, social, éducation…

La liste est sans fin !


L’Europe est visionnaire.


Si la Communauté Européenne a attiré l’attention de tous ces Etats membres sur la priorité à donner au déploiement du haut débit vers le très haut débit sur tous les territoires, sans aucune zone blanche, ce n’est nullement une fantaisie de technocrates urbains.

Au plus haut niveau de nos instances de pensée, les experts sont unanimes : la grande révolution de ce début de siècle, celle qui fera la différence entre pays pauvres et pays équilibrés, n’est autre que l’Internet très haut débit et tout ce qu’il implique de nouvelles formes d’économies.


Agir pendant qu’il en est encore temps.


L’avenir de la France ne pourra se faire sans celui de ses provinces.

Et les campagnes n’ont pas d’autre recours que la fibre optique en aérien, moins coûteux que le réseau enfoui, et surtout permettant une consolidation des lignes électriques ou téléphoniques existantes.

La fibre optique est sans risque pour la santé, sans danger pour l’environnement, c’est de plus la seule et unique solution pérenne aux potentialités illimitées.

En revanche, les antennes Wimax sont ici et là démontées, faute d’efficacité et de fiabilité, sans parler des risques sanitaires liés aux ondes (les compagnies d’assurance refusent toujours de les couvrir).


Investir n’est pas gaspiller.


Quel est le prix à payer pour exister demain ?


Peu importe les économies que l’on choisit de faire aujourd’hui, si les solutions proposées sont déjà caduques : l’argent consacré dans les installations Wimax et satellites est de l’argent gaspillé !


Investir, c’est s’assurer que le choix est le bon pour les décennies qui viennent.


Le coût d’investissement des lignes fibre optique en aérien ne peut en aucun cas être considéré comme prohibitif, comparativement à l’ensemble des mesures qui doivent prises à la place : NRA à créer ou à renforcer, lignes téléphoniques à refaire, paraboles à payer pour tous les habitants ou presque des zones d’ombre (pour une technologie satellite qui n’a jamais été prévue pour l’Internet), relais complémentaires pour la TNT ou relais à entretenir, antennes Wimax non opérationnelles et non accessibles, à réparer qui plus est à chaque orage… et la liste est longue !



En conséquence, nous vous demandons, Madame la Secrétaire d’Etat, de prendre des mesures pour éviter une catastrophe que nous annonçons.


Déjà, la colère monte dans nos campagnes, elle gronde de manière sourde et lancinante, ne pas l’entendre c’est ne pas anticiper l’avenir.


Pour cela, nous vous demandons de bien vouloir nommer un interlocuteur avec lequel nous puissions prendre contact, afin de prendre en main notre avenir et soulever la chape de plomb qui condamne aujourd’hui près de la moitié de notre population.


Espérant ne pas être considérés comme des exilés des mégalopoles, mais comme les forces vives de nos campagnes, nous, citoyens et entreprises locales, vous prions d'agréer, Madame la Secrétaire d’Etat, l'expression de nos sentiments respectueux.



Collectif des Délaissés du Haut Débit en Limousin



NB : cette lettre ouverte est également adressée en copie à:

  • Monsieur le Président de la Région Limousin, 
  • Messieurs et Madame les Présidents des Conseils Généraux de Corrèze, Creuse et Haute-Vienne,
  • Messieurs et Mesdames les Députés de nos circonscriptions,
  • Messieurs les Sénateurs de la Région Limousin,
  • Monsieur le Président de DORSAL,
  • Messieurs et Mesdames les responsables locaux des partis politiques et associations citoyennes,
  • Messieurs et Mesdames les Maires et Présidents de Communautés de Communes,
  •  ainsi qu’à un nombre conséquent de médias locaux et nationaux.