en ligne de vue
Par zo87 le lundi 3 mai 2010, 21:44 - Lien permanent
Le WiMAX peut assurer une transmission sans ligne de vue (c’est-à-dire même lorsque des obstacles tels que des arbres se trouvent entre l’émetteur et le récepteur), mais cela a généralement pour effet de réduire notablement la portée.
Voici un article de René Souchon ancien ministre, président du conseil régional d'Auvergne, président de la Mission Ecoter, association œuvrant au développement des technologies de l'information et de la communication dans les collectivités territoriales.
Contrairement à la région Limousin, l'Auvergne a choisi la solution NRA-ZO de France Télécom, pour desservir son territoire en Haut Débit. Point de vue...
Ne pas sacrifier la couverture numérique des zones rurales sur l'autel de la concurrence ! par René Souchon
Depuis six ans, le conseil régional d'Auvergne, que je préside, se bat pour le désenclavement numérique de l'Auvergne.
Pour une région de moyenne montagne, être à la pointe en matière de nouvelles technologies n'est pas un "luxe". C'est vital : à la fois une nécessité économique, un gage d'attractivité pour accueillir de nouvelles populations, une condition sine qua non pour préserver les meilleures chances de se développer.
Le volet numérique est devenu crucial en matière d'aménagement du territoire, à plus forte raison dans des zones à faible densité de population.
Pour prendre un exemple très concret, le déploiement de points
visio-public (PVP) en Auvergne a permis aux habitants utilisant ces
bornes interactives de garder un lien de qualité avec les services publics,
dans des zones où ces services publics se sont retirés physiquement.
Cette initiative a valu à l'Auvergne une distinction européenne, et nous
recevrons également un autre prix européen, au mois de mai, pour le
déploiement du haut débit sur l'ensemble du territoire
auvergnat, grâce à un partenariat public-privé (PPP) qui, en la
matière, fut le premier en France.
L'Auvergne a la chance d'être en avance au niveau de sa couverture numérique, elle entend bien la garder et poursuivre dans cette démarche : nous ne comprenons pas un avis tel que celui qui a été rendu par l'Autorité de la concurrence à l'ARCEP (Autorité de régulation des communications électroniques et des postes), et qui jouerait clairement en défaveur de notre région. Pourquoi ?
Tout simplement parce qu'il se fonde sur un principe, celui du respect de la concurrence, dans un secteur où il ne peut y avoir de concurrence étant donné qu'il n'y a pas, à proprement parler, de marché.
Pour simplifier, l'Autorité de la concurrence se prononçait en décembre contre les montées en débit des réseaux cuivre (lignes ADSL) au motif qu'elles seraient susceptibles de freiner les investissements, les projets de mise en place de fibre optique (fibre juqu'au domicile, FTTH).
Si les opérateurs "se battaient au portillon" pour amener la fibre
optique dans tous les foyers des plus petits villages de nos campagnes, nous le
saurions déjà et nous en serions évidemment ravis ! Ce n'est évidemment
pas le cas… Comment peut-on évoquer le sacro-saint principe de libre
concurrence quand on sait parfaitement que les zones à faible densité de
population, par définition non rentables, ne seront jamais prioritaires aux
yeux des opérateurs pour une couverture totale en fibre optique.
Au mieux, elles "suivront", avec quelques années de décalage, la
couverture des grandes agglomérations.
A Paris, à Lille, à Clermont-Ferrand, les opérateurs se feront effectivement une saine concurrence ; mais à Chaudeyrolles, à Girgols ou à La Godivelle, qu'en sera-t-il ?
On peut ici citer un Auvergnat, Blaise Pascal, qui disait : "Vérité au-deçà des Pyrénées, erreur au-delà." Elle est très juste sur le sujet qui nous préoccupe. La pertinence des règles de concurrence ne peut être jaugée sous le même angle selon que l'on se place à Paris, capitale de la France, ou dans une commune du Massif central de deux cents habitants.
C'est une sorte de paradoxe, de monde à l'envers pour des
technologies de communication : pourquoi devrait-on se priver
pour longtemps de débit, de vitesse, quand on sait comment l'augmenter dans des
délais raisonnables ?
Les premiers pénalisés seront les entreprises, qui sont très demandeuses, et
bien sûr les particuliers : l'arrivée de la télévision numérique et, très
vite, des émissions et films en 3D, va accroître mécaniquement les besoins du
public.
Je me vois mal expliquer à mes concitoyens qu'on les prive de montées
en débit sur les réseaux cuivre, alors que c'est techniquement
réalisable, uniquement parce que l'on veut favoriser l'arrivée de la
fibre optique partout. Ils ne sont pas dupes et savent très
bien qu'ils ne seront pas parmi les premiers servis en fibre optique jusqu'à
leur domicile, loin s'en faut…
D'ailleurs, le plan de déploiement du très haut débit au niveau national
ambitionne de parvenir à une couverture à 100 % d'ici à 2025, avec un
point d'étape à 70 % de la population française en 2020. Mais 70 % de
la population nationale, cela voudra dire quel pourcentage de la population
auvergnate couverte en 2020 : 50 %, 55 % ?
D'autre part, l'opération coûtera des milliards d'euros, à l'échelle
nationale, et rien ne garantit que les délais seront tenus.
Le coût du déploiement du FTTH sur l'Auvergne est estimé à environ 1,5 milliard
d'euros.
Pour rappel, l'Etat a prévu, pour l'instant, 2 milliards d'euros pour tout
le territoire national dédiés au déploiement de la fibre optique. C'est très
insuffisant.
Et il n'est nul besoin d'être devin pour se douter que la concurrence entre
opérateurs jouera certes sur les grandes agglomérations, mais que les zones
ayant les plus faibles densités de population seront priées de patienter
jusqu'en 2025, voire au-delà…
Pour l'Auvergne, bien sûr, cela représente une proportion de population assez
importante du fait de la structure démographique et des densités d'une région
de moyenne montagne.
Pour ces raisons, nous nous efforçons toujours en Auvergne d'anticiper et
d'apporter des réponses adaptées, afin de pénaliser le moins possible des
territoires qui sont, en outre, démographiquement fragiles.
Nous ne voulons pas prendre de retard.
Notre région a été la première à se doter d'un schéma directeur de
l'aménagement numérique (SDAN) dans le cadre de la stratégie régionale
d'aménagement numérique (SCOAN), avant même les recommandations
gouvernementales et ministérielles.
Pour garder notre avance, nous avons prévu des montées en débit progressives,
par zones, en commençant par l'équipement des zones d'activités économiques,
des bâtiments publics tels que les hôpitaux, les lycées… Nous privilégions les
zones sur lesquelles les opérateurs ne vont pas entrer naturellement en
concurrence puisqu'ils les jugeront non rentables, avec à l'esprit le souci
d'une certaine équité entre les grandes agglomérations et les zones les moins
peuplées.
Décider d'être très restrictif sur les autorisations de montée en
débit sur les réseaux cuivre serait une décision calamiteuse pour
l'aménagement du territoire et réduirait presque à néant tous les efforts que
nous faisons, en Auvergne, pour atténuer les disparités entre nos
territoires.
Il nous reste à souhaiter vivement que l'ARCEP prenne
conscience du caractère parfaitement illusoire d'une prétendue concurrence
entre les opérateurs pour investir dans un réseau de fibre optique jusqu'au
domicile dans nos régions.
En freinant les solutions intermédiaires de montée en débit sur nos territoires, ce sont encore et toujours les zones rurales qui seraient pénalisées.
Quand nous avons une chance, ce qui est le cas de l'Auvergne puisqu'elle est en avance sur sa couverture numérique, nous ne voulons pas passer à côté pour des questions de principe, qui sont en l'occurrence infondées et bien éloignées de la réalité sur le terrain.

Le président socialiste du conseil régional d'Auvergne, René Souchon, et sa vice-présidente, Elisabeth Thévenon-Durantin, le 17 février 2010. (AFP/THIERRY ZOCCOLAN)